Interview 1998


 

Tucson: la ville aux grandes oreilles...

 

Trois jours à peine avant la sortie de leur dernier album (Yeah!), les Little Rabbits s'offrent une petite virée à Saint-Germain. Entretien avec Federico Pellegrini, chanteurs de lapins de la Gaubretière.

 

Comme le troisième album, le dernier est produit par Jim Waters, aux Etats Unis (Tucson); cela veut-il dire que vous souhaitez travailler dans la continuité ?

Bon, il y sans doute un peu de cela mais c'est surtout parce que l'on a trouvé le producteur qu'il nous fallait. Il a su nous donner un son qui correspond à nos attentes; on s'est rendu compte que le son que l'on avait sur les premiers albums et notre son en concert étaient en décalage. Sur scène, il y avait cette énergie qui nous plaisaient bien mais que l'on arrivait pas à recréer sur nos disques. Jim a su prélever ce qu'il fallait du live...

 

...Un peu le Mac Gyver du son ?

au sens où on utilise très peu d'effets, certes. Il transforme des sons qui sont dans la nature, c'est un peu de bricolage et avec trois fois rien, on obtient le son recherché.

 

Après deux albums en demi-teinte, pensez-vous que l'accueil du public sera plus chaleureux pour le quatrième ? Peut-être celui des Victoires de la Musique ?

Les deuxièmes et troisième albums ont été accueillis comme ils devaient l'être. On ne se pose pas la question de savoir s'ils ont été appréciés à leur juste valeur. Le but n'est pas de vendre des millions d'albums mais de faire ce qui nous plaît, tant que ca nous permet d'en vivre et de continuer. Pour tous nos albums, les gens sont tout de même venus aux concerts et c'est une reconnaissance suffisante pour nous. Pour le quatrième, le public devrait toujours être présent mais quant à savoir si l'

accueil sera plus chaleureux, je ne peux vous répondre maintenant, on verra bien...

 

Peu à peu vous êtes passés d'une pop joyeuses (certains disent guillerettes) à une noisy plus agressive. N'avez-vous pas peur de perdre votre identité ou de perturber le public de la première heure ?

J'aime pas trop le mot "noisy", je préfère dire qu'il y a plus de guitares. Maintenant, c'est vrai que l'on a évolué mais le public évolue aussi, avec nous: vous n'écoutez pas la même chose qu'il y a cinq ans, nous c'est pareil. Le public n'est peut être plus le même, mais ça nous convient très bien dans la mesure où l'on fait la musique qui nous correspond.

 

Le fait que beaucoup vous connaissent essentiellement par "la Mer" n'est-il pas un peu frustrant?

Non, cette chanson nous a permis d'être connus. Au départ, c'était une chanson que l'on jouait dans les loges avant les concerts pour se marrer en re nous. Elle a été enregistrée au dernier moment sur le premier album et ne nous correspond pas vraiment. les Little Rabbits ce n'est pas "la Mer" mais elle nous a permis de vendre pas mal de disques et de décoller assez rapidement.

 

Des chansons comme "le poste de radio" dans le troisième album ou "la piscine" dans le dernier sont-elles destinées à avoir le même succès que la Mer justement ?`

Non, pas du tout. En fait, pour chaque album nous nous efforçons d'avoir quelques titres en français...

 

...Avec toujours un peu de dérision ?

 

Disons que c'est notre façon d'écrire en français. il y en a qui sont sérieux et qui écrivent des choses sérieuses. Moi, je dois pas être sérieux et en tout cas notre style, ce n'est pas d'écrire des chansons à la Miossec.

 

Actuellement, les genres instrumentaux sont très à la mode, à l'étranger comme en France. Qu'en pensez-vous et comptez-vous évoluer dans ce sens à l'avenir ?

Non, dans nos albums il y a une bonne part de bricolage et même si on voulait faire ce genre de musique bien segmentée, on n'y arriverait pas. Par exemple, quand on utilise des scratchs, on ne le fait pas de manière calculée, c'est plus par petites touches, pour rajouter à notre son. C'est vrai que c'est à la mode en ce moment mais nous on travaille à notre vitesse peut-être un petit peu après les feux, peut-être parfois un peu avant, ça dépend.

 

Vous sentez vous proches, musicalement parlant, de ce que les magazines spécialisés appellent "la nouvelle scène française" genre Miossec, Dominique A... ?

Bon on les connaît, c'est sûr mais dans ce que l'on fait je crois pas que l'on puisse se sentir proches. Peut-être que la démarche est un petit peu la même. Le point commun avec tous ces groupes, c'est d'avoir sa propre façon de faire qui n'est pas celle de la variété ou de la grosse industrie française. A ce niveau là, on est du même ordre mais sinon, on n'écrit pas les mêmes choses, on ne fait pas la même musique.

 

Au fait, vous jouez toujours au foot le jeudi soir avec Katerine ?

Disons que moi, j'habite à Rennes; mais les autres qui habitent à Nantes jouaient régulièrement avec lui avant qu'il ne parte à Paris. maintenant les matchs c'est plutôt PSG-FC Nantes.

 

La mode est aux collaborations entre musicien. on a vu Dominique A vous rejoindre aux Eurockéennes, tu as participé à l'album de Emma et vous êtes très proches de Katerine... tu aimes cet esprit de corps qui semble animer les groupes français ?

En fait quand on regarde Katerine ou Dominique, c'est des gens qui ont commencé en même temps que nous. C'est des gens qu'on connait depuis le départ, je me souviens être allé voir un concert de Dominique alors qu'on était même pas encore un groupe. On se connaît bien, c'est pour ça qu'il y a quelques collaborations, mais on ne peut pas dire que les Little Rabbits participent à une multitude de choses. maintenant, c'est vrai que quand on aime bien quelque chose et qu'il y a des propositions, on le fait volontiers.

 

De plus en plus vous sonnez "américain", est-ce que c'est l'influance de Jim Waters ou est-ce que vous avez contacté Jim parce que vous vouliez sonner comme cela ?

Bon, il y a pas mal de choses qui se mêlent, en fait. Pour le troisième album, on voulait rompre avec ce que l'on avait fait auparavant où on avait fait un travail pas seulement anglo-saxon mais aussi à la française, c'est-à-dire les instruments enregistrés les uns après les autres, d'une manière un peu scolaire. On a fait appel à Jim au départ pour la prise de son car il est le seul qui nous paraissait capable de créer quelque chose de "vivant", qui corresponde plus à notre musique. C'est peut-être aussi une manière plus américaine de faire les choses.

 

Justement dans cette manière de procéder vous êtes assez proches de groupes tels que Pavement, Deus ou les autres groupes produits par Jim (Jon Spencer...). tu aimes bien ce genre de musique ?

Dans l'ensemble, on est assez fans de tous ces groupes, Pavement, Beck ou Jon Spencer... Il y a pas mal de bricolage chez eux et j'aime bien leur façon d'aborder le studio.

 

Vous avez l'occasion de rencontrer ces groupes lors de vos enregistrements à Tucson (Arizona) ?

Eric, le batteur, a rencontré les gars de Jon Spencer une fois après un concert, mais c'est ps toujours facile. Ils sont assez difficile d'accès, toujours très pris, en tournée ou autre....

 

Et à part ces groupes, tu écoutes quel genr de musique ? Vous écoutez tous la même chose ?

On écoute pas tous les mêmes choses et c'est dans l'ensemble assez varié. Peut-être de moins en moins de rock, un peu plus de jazz ou du trip-hop. Personnellement, je suis un peu largué mes les gars écoutent des trucs un peu plus électroniques.

 

Et Chris Knox ?

Chris Knox, j'aime bien sa démarche, sa façon de travailler. Peut-être qu'au bout d'un moment je me suis un peu lassé du coté systématique de ses chansons. Sur la longueur, je trouvais que c'était un peu tout le temps pareil.

 

Et plus jeune ?

Très jeune, ma mère écoutait RTL, donc sur une période de cinq ou six ans, je suis capable de te chanter n'importe quelles chanson sortie à cette époque, du début à la fin. Après quand on a commencé la musique on écoutait Housemartins, toute cete vague anglaise à la Pastels. daniel Jonhston a fait quelques trucs pas mal aussi.

 

Pierre Bondu (Dominique A) sort un album solo, Olivier Mellano (Miossec) en prépare un. Lequel des Little Rabbits va les imiter ?

Je sais pas trop. Je crois que personne n'a vraiment le temps en ce moment. Olive, le clavier fait des trucs dans son coin mais je ne sais pas s'il a l'intention de sortir un truc prochainement. Stéphane bosse un peu avec Laurent (platines). Tout le monde, je crois, serait d'accord pour sortir un truc solo mais c'est plus le temps qui manque pour se consacrer à un deuxième projet.

 

Et le fait que tu habites à Rennes ne vous gêne pas trop ?

Non, tu sais, ça fait longtemps qu'on bosse ensemble mais on ne dort pas tous ensemble. Imagine un grand lit pour six personnes ! On se voit pour les répétitions et tout se passe bien. On essaie de segmenter les choses pour que chacun puisse avoir sa vie tranquille à côté.

 

tu as des contacts avec la scène rennaise ?

Je connais Arnaud, le chanteur de Emma. Il était auparavant chez Rrose Selavy mais a rejoint Lithium pour leur dernier album. Sinon en fait j'ai assez peu de rapport avec Studio cocoon. ils utilisent beaucoup plus la programmation dans leur approche de la musique et je connais assez mal. Même Arnaus sortait un peu du lot Rrose Selavy. Les autres, je les connais pas bien.

 

 

Cette interview est extraite du fanzine Shamrock (N°1-Avril 1998).


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